restez chez vous...

« Et parfois, je me sens impuissant. Inutile, dans l’incapacité de tout, restant là à ne plus rien pouvoir faire, faire ou dire. Être aveugle et sourd et imbécile encore, silencieux de ma propre imbécillité. Attendre et subir mon impuissance. Être immobile dans l’incapacité de prendre la parole, de prolonger le discours, de répondre, de dire deux ou trois choses imaginées dans la solitude et qu’on pensait essentielles. »

Jean-Luc Lagarce – Du Luxe et de l’Impuissance.


Chers spectateurs, chères spectatrices,

Tout d’abord, je voulais prendre de vos nouvelles.
Vous nous manquez.
Et j’espère que là où vous êtes, vous allez pour le mieux, que le vivant en vous est pugnace, et que vous trouvez force et courage pour faire face et résister à la catastrophe qui s’est viralement abattue sur nous.
J’ai une pensée forte, émue, solidaire pour les personnes fragiles et démunies dans cette épreuve, pour tous ceux qui souffrent de la maladie, aussi – surtout – pour tous ceux qui luttent jour et nuit pour endiguer et soigner cette épidémie terrifiante et sidérante. C’est là qu’est le grave.

Voilà deux semaines, le temps est sorti de ses gonds. Les théâtres sont fermés, les représentations annulées… TOUT s’est brutalement arrêté, et en deux temps, trois mouvements, nous voilà confiné.e.s chez nous, perdu.e.s, sans repères, sans rythmes et seul.e.s.
Merci à tous ceux et celles qui nous ont écrit ou adressé des pensées amicales et leur soutien. Ça fait chaud au cœur.

Car nous voilà sidérés, en effet.

À la page 57 de notre cahier de saison 19/20, on trouve cette petite mirlitonnade poétique de Samuel Beckett dont les mots résonnent terriblement aujourd’hui…
Imagine si ceci
Un jour ceci
Un beau jour
Imagine
Si un jour
Un beau jour ceci
Cessait
Imagine

Nous ne la pensions pas si programmatique et visionnaire ! LOL

Nous voilà condamné.e.s à traverser ensemble mais séparé.e.s un moment suspendu de notre histoire sans trop savoir combien de temps tout cela va durer ni exactement ce que demain seront nos vies, nos métiers, nos activités une fois sorti.e.s du tunnel…
À nous interroger, dans cette expérience de privations, sur ce qui fait sens pour nous, sur notre commun, ce qui nous relie, sur l’espace public, sur nos droits privés dans l’espace public (!), sur l’essentiel, ce qui est indispensable, sur la proximité et le lointain, sur nos besoins les plus élémentaires…

Nous voilà contraint.e.s à réorganiser notre travail, à déployer autrement nos ambitions, à réévaluer les priorités, à composer avec les incertitudes de l’avenir…
Nous voilà contraint.e.s chacun.e à devoir nous réinventer et repenser profondément le quotidien de nos vies.

Alors bien sûr nous préparons le temps de l’après, de l’À-VENIR.
Mais rien ne sera plus pareil…
Réagencer le programme, reporter le plus possible les spectacles annulés car nous les aimons beaucoup…
Et puis aussi IMAGINER une fin de saison insolite et joyeuse… Y CROIRE encore un peu !
Car nous aurons bien besoin de nous retrouver, d’être ensemble et de fêter la fin de l’isolement… On vous en dit plus dès qu’on sera sûr…
Et puis aussi la suivante ! car il y aura bien une SAISON SUIVANTE, la 20/21, elle est presque prête… Rendez-vous (nous l’espérons) le mardi 9 juin pour son dévoilement au SORANO…et nous la voudrons plus nécessaire, plus intense, plus vivante et encore plus rassembleuse !

Mais que peuvent les artistes dans le temps de l’épidémie et de la peste ?
ATTENDRE… PENSER CE QUI ARRIVE…
Face au vide, nous nous agitons pourtant comme des pantins désespérés et obstinés à vouloir faire comme si ; nous faisons semblant d’exister, sans plus pouvoir être pleinement nous-mêmes.
Certes ça et là naissent de belles initiatives.
Nous ne manquerons pas de les relayer sur nos réseaux.
Mais nous faisons seulement semblant d’exister. Je le sais bien.

Et puis parce que le théâtre est un art de regarder et de vivre le présent, nous avons le désir nous-aussi malgré tout, avec les outils (électroniques) qui sont les nôtres, aujourd’hui d’accompagner votre confinement de toutes les ressources numériques dont nous disposons…
Bien sûr ça ne remplace pas.
Mais nous faisons semblant d’exister, jusqu’aux limites de la tricherie, et elles sont fort lointaines ces limites-là, écrirait Jean-Luc Lagarce… C’est humain.
Et aussi, parce que le théâtre est un art de la relation entre les artistes et les spectateurs. trices, nous nous devons d’inventer de nouveaux liens et de nouvelles manières de partager pour garder le contact avec vous ces prochaines semaines…C’est presque une injonction !
Bien sûr ça ne remplace pas.
Mais nous ne faisons encore une fois que semblant d’exister… Je le sais bien.
ATTENDRE DE NOUVEAUX POSSIBLES… PENSER À CE QUI VIENT…

« Dans le silence des yeux levés
C’est la lumière qu’on cherche maintenant à rétablir.
Mais autre chose nous a claqué
Entre les doigts pendant ce temps.
Il reste à savoir quoi. »


François de Cornière – Quand une ampoule grille

Et pourtant nous sommes toujours là.

N’hésitez pas à nous laisser de petits messages sur nos boites électroniques ou à nous contacter au 07 67 89 64 26 en cas d’urgence.

En attendant la joie d’être rassemblé.e.s à nouveau, prenez soin de vous.
Pensées bien amicales.

Sébastien Bournac et toute l’équipe du Sorano.

Feu !

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